Les raisons de la réticence de certaines journalistes à la vidéo mobile google-site-verification: googlef37d4e64854180f8.html

La vidéo mobile s’est installée dans les rédactions TV depuis quelques années déjà. Mais certains journalistes, notamment des journalistes reporters d’images, s’y opposent pour des raisons déontologiques et techniques.

La vidéo mobile ne fait pas que des émules. Dans certaines rédactions, des journalistes ne voient pas d’un très bon oeil cette nouvelle façon de faire de la télévision. François Verly, journaliste à France 3 Normandie à Rouen et délégué syndical SNJ (Syndicat national des journalistes) explique : « Notre direction veut développer le smartphone au maximum et le mettre dans les mains des rédacteurs qui, certes ont le sens de l’image, mais n’ont pas de formation de JRI [Journaliste reporter d’images] ».

Sa rédaction envoie deux à trois personnes sur des reportages d’actualité (rédacteur, JRI et parfois preneur de son). « Prendre le temps de tourner, c’est notre marque de fabrique. Je suis intransigeant sur le fait le faire avec des pros et du matériel de pro ».

Il s’inquiète des dérives que peuvent engendrer les injonctions à tourner des sujets télévisés au smartphone. « Demain, on demandera à un rédacteur qui tournera au smartphone de monter son sujet. Ce sera la fin des métiers de JRI et de monteur », regrette celui qui se dit « clairement opposé à l’utilisation du smartphone sur le terrain ».  

Caméra VS smartphone : les JRI sentent une différence

À la rédaction de Rouen, François Verly constate que la majorité des JRI sont réfractaires à la vidéo mobile. Non parce qu’ils refusent l’évolution, mais parce qu’ils estiment que la qualité des images n’est pas la même que celle d’une caméra professionnelle. C’est le cas d’Hervé Colosio, JRI depuis 30 ans à France 3. « Avec un smartphone, on ne peut pas choisir sa focale, ni faire de gros plans, ni zoomer. Et l’enregistrement vidéo est compressé, ce qui pose des problèmes à l’étalonnage », constate-t-il. Avec une caméra professionnelle, « on peut rajouter de la lumière et brancher plusieurs micros HF. Sur un smartphone, c’est compliqué, ça devient vite une usine à gaz ».

Pour Stéphane Girard, journaliste-réalisateur de documentaires et de magazines télévisés depuis 2002, un bon reportage « explore toute la grammaire filmique ». Et cela nécessite « une souplesse technique », ce qui est pour lui, impossible avec un smartphone, « qui dégrade la qualité globale ». « Si c’est le smartphone l’avenir de la télé, c’est vraiment hyper triste », regrette Stéphane Girard.

La vidéo mobile, un complément parfois utile

S’il a déjà utilisé son smartphone dans un reportage pour filmer un homme passant la frontière entre la Jordanie et Israël, c’était pour être « plus discret ». Il considère le smartphone comme « un outil pour ramener de l’image qu’on ne peut avoir d’aucune autre manière ».

Néanmoins, le smartphone reste « une roue de secours. Si ma caméra pète, je tourne avec mon smartphone », reconnaît Hervé Colosio, qui le trouve utile pour filmer des incendies ou des accidents, si le journaliste n’a pas sa caméra sous la main.

Hervé Colosio estime que l’utilisation des smartphones pour tourner des sujets télévisés n’a « pas d’avantage à part un intérêt financier ». Si on lui demande d’en utiliser un pour tourner, il faut que cela soit utile : « ma première question est : quel est l’intérêt ? ».

Céline Brégand