Cinéma et réalisation sur mobile, un intérêt financier à discuter - Rencontres francophones de la vidéo mobile google-site-verification: googlef37d4e64854180f8.html

De grand réalisateurs comme Steven Soderbergh, Michel Gondry et Sean Baker ont tourné un film avec un smartphone. L’avantage financier de réaliser un film à l’aide d’un mobile peut paraître évident. Pourtant, il faut bien faire la différence entre tourner un court-métrage seul avec son smartphone et tourner un film de cinéma avec cet outil.

Le Mobile Film Festival, créé en 2005 et partenaire des Rencontres, propose aux jeunes talents du monde entier de réaliser et de présenter un court-métrage d’une minute, réalisé avec un mobile. Et ce, dans le but de « démocratiser et rendre accessible la création », explique Bruno Smadja, le fondateur du festival.

La réalisation de courts-métrages accessibles à tous grâce au smartphone

« Nous avons voulu faire cela pour que, justement, ça ne coûte rien et que ça remette tout le monde sur la même ligne de départ. L’important, c’est l’inventivité et la créativité », ajoute-t-il. C’est pourquoi, selon lui, on ne peut pas comparer le coût de production d’un court-métrage réalisé avec une caméra professionnelle et celui d’un court-métrage réalisé à l’aide d’un mobile. « Le coût de production est lié aux moyens que vous investissez au point de vue technique et humain », note Bruno Smadja.

L’humoriste Shirley Souagnon a choisi de réaliser Le Stand-Up Français, son documentaire de 50 minutes, avec son smartphone, sans aucun accessoire supplémentaire. Un choix, non pas financier, mais pratique : « C’était la manière la plus discrète de filmer mes copains dans des caves de stand-up sans qu’ils fassent des blagues ou qu’ils essaient d’attirer l’attention parce qu’il y a une caméra ».

Un tournage qui lui a « juste coûté le prix du smartphone ». Et si elle avait tourné de façon plus traditionnelle ? « Ça m’aurait forcément coûté plus d’argent car j’aurais dû prendre des cadreurs pour filmer, un perchman, de la lumière… Toute de suite, c’est une équipe. Donc des frais de déplacements ».

Un intérêt narratif, plutôt que financier

En 2018, Arte co-produisait son premier film en vidéo verticale. « Je ne t’aime pas », court-métrage réalisé par Tommy Weber, a été tourné avec un smartphone. Mais « pour des raisons narratives et artistiques, absolument pas financières », précise le réalisateur.

Pour parler du sujet du film, une fille et son père qui va mourir, c’est le mobile qui lui a paru « le plus fort formellement. C’est une immersion dans le smartphone de l’héroïne, qui filme ce qu’elle voit, ce qu’elle vit et qu’elle envoie à son papa. Le smartphone fait sens, car c’est le moyen d’expression choisi par l’héroïne. »

Tommy Webber travaille sur le rapport plus direct et plus brut du smartphone : le mobile l’intéresse comme outil de narration. Mais le réalisateur n’y voit pas d’intérêt financier pour la production d’un film de cinéma classique pour lequel « l’économie du smartphone est dérisoire ».

Il ajoute : « Dans le cinéma, ce qui coûte cher, c’est le nombre de personnes qui travaillent sur un film et le temps de travail. Le matériel, en soi, ça varie. Par contre, sur une forme d’auto-production de court-métrage, là, le smartphone permet des économies pertinentes évidemment. »

Céline Brégand