Le smartphone démocratise le cinéma, mais au détriment d'une certaine qualité - Rencontres francophones de la vidéo mobile google-site-verification: googlef37d4e64854180f8.html

Le cinéma s’intéresse de plus en plus aux smartphones, capables de filmer des vidéos de qualité toujours meilleure d’année en année. Pas encore assez, cependant, pour concurrencer les moyens de production cinématographique habituels.

En 2018, Steven Soderbergh sortait le film Paranoïa, entièrement filmé à l’iPhone. Le monde du cinéma a salué cette performance. Sur la forme, le réalisateur proposait une atmosphère glauque, un grain sombre et une proximité claustrophobique. Des effets visuels dus à la caméra de l’iPhone.

Peut-on pour autant produire n’importe quel film avec un smartphone comme si c’était une caméra classique ? La réponse est non. Pour Tommy Weber, réalisateur, « un smartphone qui filme n’est pas une caméra. Ça sera comparable aux bonnes caméras le jour où on pourra traiter de façon évoluée une profondeur de champ, des couleurs avec sensibilité. » Selon lui, « ça reste une image médiocre. C’est une image très qualitative par rapport à la taille de l’objet, mais par rapport à des caméras professionnelles, ça n’est pas beau. »

Le smartphone : catalyseur de créativité

Tommy Weber est pourtant le réalisateur d’un film tourné au smartphone. « Je ne l’ai pas utilisé pour des raisons de qualité, mais pratiques et narratives » raconte-t-il. En effet, Je ne t’aime pas, sorti sur Arte en 2018, est filmé en vertical par l’héroïne du film elle-même, témoin de ce qui lui arrive. L’avantage de ce mode de tournage est, pour le réalisateur, « de faire du smartphone le prolongement de la main, d’aller où on ne peut pas aller avec une caméra classique. »

Ainsi, sans égaler la qualité des caméras à gros budget, les smartphones permettent l’émergence de nouvelles créativités. C’est pour les découvrir que Bruno Smadja a créé le Mobile Film Festival. Au programme : des films d’une minute. Pas plus. L’objectif est, selon Bruno Smadja, « de permettre à des gens qui n’ont pas les moyens de faire du cinéma d’accéder à la réalisation. »

Parti pris ou marketing ?

L’idée n’est donc pas d’égaler la qualité des grosses réalisations hollywoodiennes, mais de démocratiser la production cinématographique. Dans cette perspective, Tommy Weber ne comprend pas « la démarche de Steven Soderbergh. Il filme en plan fixe sur un pied, et imite une caméra classique. Où est l’innovation ? » Même constat pour Bruno Smadja, qui estime que Paranoïa « est un parti pris artistico-marketing. Il a toujours une équipe de cinquante personnes et des rails de traveling. »

Si Steven Soderbergh, et bientôt Claude Lelouch, s’est mis au cinéma mobile, peu de réalisateurs semblent lui emboiter le pas. « Le cinéma est un art industriel, constate Bruno Smadja. Sur un film au budget de 100 millions de dollars, il est logique qu’un producteur ne mette que 1000 euros dans une caméra qui produit une image beaucoup moins belle. »

Thomas Hermans